samedi 4 février 2012

- Les loisirs : (Le débardage – Les miradors – L’invention d’un trésor)


5 - II - Ketzing, PARADIS en Lorraine. Les loisirs : (Le débardage – Les miradors – L’invention d’un trésor)

Comment vivait-on, dans l'immédiat après-guerre, dans ce coin retiré le la campagne lorraine.



Ce knol fait partie de la collection Chronique-d'une-famille-lorraine...
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 Les loisirs :
Ils étaient nombreux car même l’exécution des travaux saisonniers était bien souvent considérée comme une distraction. Ainsi la cueillette des champignons en automne, la pêche, les chasses, le brûlage, la fenaison……
Les sorties en famille, régulières pour ne pas dire quasiment rituelles : le marché hebdomadaire à Sarrebourg, les visites du dimanche chez tante Marcelle (une tante de Léone Thomas à Lezey), la tournée des cimetières à Lezey et à Dieuze, la fête de Vic-sur-Seille avec la bénédiction des voitures à la Saint Christophe, la dégustation des écrevisses avec du gris de Vic à l’hôtel Voizard, la cueillette des mirabelles dans notre verger à Lezey, les foires expo à Metz, Nancy et Strasbourg, le corso fleuri à Saverne avec visite de la Roseraie, la visite annuelle chez Thérèse-Chère-Sœur à La Hoube près de Dabo et la messe du dimanche à Gondrexange où nous arrivions systématiquement en retard et sortions les premiers, mais restions les derniers sur le parvis de l’église à raconter les dernières nouvelles aux copains. Enfin les fêtes paroissiales à Lezey et à Gondrexange, avec les manèges, les stands de tir, le bal populaire du soir, et surtout le repas de midi avec le fameux pâté lorrain à raison de « tra pâtés po dousse » qui ne signifie pas « 3 pour 12 » mais « 3 pour 2 ».
Les distractions plus individuelles pour moi consistaient à faire mes collections de timbres, d’insectes, la pratique du vélo et le bricolage. Puis des distractions plus liées au cadre particulier de Ketzing, comme le débardage, les miradors, le brame et «les activités diverses avec Georges GANGLOFF ». Et incidemment la découverte d’un trésor. 

Le débardage :
Je m’étends particulièrement sur cette activité parce qu’elle fut pour moi un sujet d’émerveillement. Le débardage consiste à déplacer les grumes (les troncs d’arbres abattus débarrassés de leurs branches) de l’endroit où l’arbre est tombé pour les rassembler en bordure d’un chemin carrossable où on pourra les charger sur une remorque porte-grumes. Les grumes sont lourdes, encombrantes et toujours situées dans des endroits peu accessibles. L’engin nécessaire pour les tracter doit être puissant et résistant à toutes épreuves. Les deux « aventuriers » mentionnés plus haut avaient récupéré un half-track abandonné par l’armée américaine.


Ils l’avaient réparé, équipé d’un deuxième treuil à l’arrière (l’engin est équipé d’origine d’un treuil à l’avant), ils avaient remplacé la tourelle support de mitrailleuse par un « gazogène ». Le gazogène est un dispositif permettant de fabriquer du gaz combustible à partir de charbon de bois. Ce gaz servant à alimenter le moteur du half-track, l’engin pouvait fonctionner sans recours à l’essence qui était pratiquement introuvable dans cet immédiat après-guerre. Seuls inconvénients, il fallait fabriquer le charbon de bois d’avance et chaque matin, attendre trois quarts d’heure après l’allumage de la chaudière à charbon avant de lancer le moteur. Ainsi en lisière de forêt, nos deux aventuriers propriétaires de l’engin (je ne sais d’ailleurs pas à quel titre l’engin était en leur possession), créèrent un chantier de fabrication de charbon très spectaculaire par sa technique et le cérémonial magique qui transforme des bûches ordinaires en matériau pour barbecue. L’engin ainsi alimenté travaillait à longueur de journée, un « aventurier » au volant, l’autre au treuil arrière. Les grumes se retrouvaient ainsi bien rangées le long des chemins forestiers, en attendant l’adjudicataire qui viendra les enlever. J’assistais rarement au départ trop matinal. Par contre, le soir j’attendais le retour pour voir le spectacle. Le half-track est un engin blindé gros consommateur de kérosène, équipé de chenilles sur l’axe moteur arrière et de roues directrices-motrices dotées de pneumatiques à l’avant. Ce véhicule qui pouvait aller partout, se moquant des obstacles, symbolisait pour moi la liberté. Peut-être aussi par ce qu’il nous avait libérés de l’occupant en distribuant le long de son passage, des tonnes de bonbons pour les enfants et parfois des ballons gonflables qui s’avéraient être des capotes anglaises faisant partie des rations de fantassin.

Les miradors :

Les miradors sont des constructions en bois appuyées contre un arbre, en général en lisière de forêt, avec en hauteur (entre cinq et huit mètres) un siège pour deux personnes, protégé ou non contre la pluie, un garde-corps servant aussi d’appui pour la carabine, avec une échelle d’accès amarrée à mi-hauteur par deux liens fixés solidement au tronc de l’arbre. Certains miradors plus conséquents ont une plateforme sur laquelle on peut se tenir debout, d’autres encore plus confortables ont un abri complet posé sur la plateforme, avec porte, hublot de tir, siège couchette et coffre à casse-croûte et litron. Ils sont utilisés pour la chasse à l’affût, le sport consistant à venir s’installer en fin de journée, ou le matin avant le lever du jour, et à attendre que le gibier sorte pour aller brouter l’herbe des prés alentour. Mon père m’y a emmené plusieurs fois, non pour tuer mais pour voir le gibier. C’est impressionnant, l’attente, le silence, les bruits furtifs, et tout à coup une chevrette (femelle du chevreuil) sur ses gardes, qui vient en reconnaissance, s’assure qu’il n’y a rien de dangereux et le reste de la troupe suit, arrivent les autres chevrettes avec leurs faons, et en dernier le chevreuil. J’ai remarqué que dans la nature les femelles sont plus courageuses que les mâles. Les animaux ne peuvent pas détecter notre odeur, la faible brise qui souffle la plupart du temps passe au-dessus de leurs têtes puisque nous sommes en hauteur, et les animaux ne regardent pas en général au-dessus d’eux, sauf les animaux de basse-cour car, pour eux, le danger vient du ciel, buses, milans et éperviers. Pour ne pas gâcher ce beau tableau, nous étions condamnés à attendre que l’équipe à la pâture se soit éloignée pour descendre et nous éclipser sur la pointe des pieds, la tête pleine d’images de rêve inoubliables. Lorsque j’eus découvert les cinq ou six miradors qui sont à moins d’un kilomètre de la maison, et que mon père m’eut expliqué les quelques vérifications de sécurité à faire sur la solidité de la construction avant de monter, j’ai eu le droit d’aller seul en soirée pour observer la nature.


Un mirador de luxe avec échelle à deux places. Ceux de Ketzing avaient une échelle ordinaire. (Fort heureusement pour mon édification comme vous le découvrirez ci-dessous).
C’est ainsi qu’avec mon copain Michel, fils d’un bûcheron habitant à la ferme, nous sommes allés à maintes reprises faire ce que nous appelions la « tournée ». On visitait en général trois ou quatre miradors pour y monter, se reposer en admirant le paysage et redescendre sans attendre le gibier. Simplement pour le plaisir d’avoir « pris des risques ».
Une fois, pour changer, nous avons escaladé un très vieux, très grand et très haut mirador que nous n’avions jamais visité. Il n’était pas en bordure de clairière, ni en lisière du bois, mais à une vingtaine de mètres à l’intérieur de la forêt. Il ne servait plus à rien car il n’y avait plus de visibilité, la forêt ayant gagné sur la clairière. Il n’était donc plus entretenu. Un des liens qui devait raidir et stabiliser l’échelle était cassé. Après concertation, l’envie d’y aller étant si forte, nous y sommes montés. Michel le premier, il était plus courageux que moi. Ça avait tenu, je pouvais donc y aller aussi. Å peine étais-je arrivé sur la plateforme que l’échelle se brisa tout net trois mètres en-dessous de nous, suite à l’effort exercé par mon pied prenant appui sur le dernier échelon afin de me hisser sur le plancher. Le premier instant de panique passé, nous avons fait le tour des solutions pour descendre. Å première vue, il n’y en avait pas. L’énorme tronc de l’arbre centenaire n’était d’aucun secours. On ne pouvait s’y agripper. Et  nos parents qui ne savaient pas où nous étions. Inutile d’appeler, personne ne pouvait nous entendre et on risquait de faire rire les sangliers. Cette réflexion nous dérida.  Notre arbre qui n’était plus en lisière de forêt abritait à l’aplomb des extrémités de ses branches des baliveaux qui avaient poussé en cherchant à tout prix la lumière. Ils étaient élancés et frêles puisque soutenus latéralement par l’arbre protecteur, là était notre salut. Michel, toujours lui, se lança le premier. Il repéra une branche assez solide pour le porter et à califourchon dessus il rejoignit un baliveau auquel il s’agrippa en lâchant la branche porteuse. Sous son poids le baliveau se courba et tout doucement le déposa au sol sain et sauf après une descente de sept mètres environ. Je n’avais plus qu’à chercher un autre baliveau et à faire de même. Ainsi nous sommes rentrés à l’heure et personne ne devrait être mis au courant, on s’était mis d’accord.
Le lendemain, fiers de notre exploit, on raconta l’évènement aux deux filles du chef-bûcheron. L’ainée, Françoise L. demanda si la prochaine fois elles pourraient nous accompagner. Michel dit tout de suite que pour lui il n’y aurait pas de prochaine fois, il avait raconté notre histoire à ses parents. La sanction était tombée : plus de miradors. Moi qui avais su me taire, je n’avais pas cette interdiction. J’étais partant, fier de l’honneur que Françoise L. me faisait. Je les emmènerais dès demain après-midi. Ce qui fut dit fut fait, on partit tous les trois pour une « tournée ». Françoise  avait deux ans de plus que moi, sa sœur cadette deux ans de moins que moi. Au programme dans ma tête les trois premiers miradors.
Arrivée sur place, Françoise prit la direction des opérations : la cadette monterait la première, Françoise suivrait immédiatement derrière pour la retenir si elle venait à tomber, moi je suivrais derrière pour assurer tout le monde. Après l’honneur, la responsabilité.
Dès les premiers échelons gravis, je réalisai que je tenais là une position stratégique garantissant une vue imprenable. Après la responsabilité, la chance. Jamais mon jeune visage, les cinq sens en alerte et en première ligne, n’avait été aussi près de la lune. Même si elle se trouvait voilée en partie par le fond d’une petite culotte, elle me donnait un avant-goût du paradis. L’ascension se poursuivit comme dans un rêve, la tête dans les étoiles. La cadette monta jusqu’en haut et s’assit sur le siège pour demander aussitôt à redescendre. Elle avait peur. Françoise et moi étions restés sur les derniers échelons, j’y aurais volontiers passé la nuit si mon destin l’avait voulu. Hélas la cadette maintenant pleurait et nous sommes redescendus à reculons, et pour moi en plus à contrecœur. Nous sommes rentrés sains et saufs sans faire d’autres ascensions. Ce véritable coup de soleil sur mon nez m’avait muri. Avec soixante-cinq ans de recul je puis affirmer que pas une épreuve n’est plus initiatique que ce séjour privilégié sur une échelle, la tête au firmament. Pas même les épreuves de l’initiation maçonnique que j’ai vécues il y a trente-trois ans dans la loge strasbourgeoise Erwin de Steinbach (GLDF). Elles sont réputées pour pouvoir changer le cours de votre vie. Celle de l’échelle a une telle intensité qu’elle vous marque pour la vie entière. Elle ne change pas le cours d’une vie, elle le trace. Merci Françoise L. Je ne donne pas son nom car je pense qu’elle vit encore, et si cet aveu arrivait à ses oreilles elle en serait peut-être troublée. Il m’est arrivé parfois de me demander s’il était possible qu’elle ait prémédité ce coup. Après réflexion, j’ai toujours répondu non, parce que c’est plus beau ainsi. Cette expérience hors du commun explique peut-être que j’aie accepté, plus tard, d’être un des membres fondateurs d’une nouvelle loge à Strasbourg portant le titre distinctif « La Rosace Initiatique ». 
Suite à une dérive inacceptable pilotée par le staff de l'atelier, basée sur un dogmatisme non assumé et un total manque de cohérence intellectuelle, le 22.12.2015 jour du Solstice d'hiver, jai quitté cette loge après avoir mis les choses au point.    (Voir:
Depuis j'ai intégré, le 20.06.2016 jour du Solstice d'été, la respectable Loge "Les Frères Réunis" du Grand Orient de France à l'Orient de Strasbourg. Dans cette obédience,
« La franc-maçonnerie a pour principe
la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine »  
(Frédéric Desmons 1877)
Cette franc-maçonnerie authentique est dorénavant la mienne.

Apparemment dans la vie on ne décide pas de tout, pas même d’écrire un livre sur les Cathédrales (« Une cathédrale se dévoile », Éditions du Rhin/La Nuée Bleue/DNA, à Strasbourg, Février 2004, ISBN 2-7165-0622-1) qui, sans l’annoncer, traite le sujet en profondeur, si je puis dire. Il en est de même pour l'étude  publiée sur: Symbolique-de-la-loge-maçonnique .

                                  est consacré à l'analyse de cette planche symbolique. Voir: La-rosace-initiatique)




L’invention d’un trésor :
Vous vous en êtes aperçus, nous vivions beaucoup dehors et mes loisirs s’y déroulaient comme tout naturellement. Mais lorsque le temps était trop mauvais il fallait bien trouver à s’occuper quand même. Mon copain Michel et moi avions deux préférences : les labyrinthes de paille et l’escalade des charpentes. Deux activités qu’on pouvait pratiquer sans se faire mouiller.
Les labyrinthes de paille, mal dénommés puisqu’il s’agissait en fait de galeries que nous réalisions dans un hangar, à l’aide des bottes de paille stockées là en attendant l’hiver. Ces galeries couvertes, comportaient de nombreux méandres et quelques bifurcations, notamment pour changer de niveau. Le jeu consistait à réaliser la plus longue, la plus accidentée, la plus tordue, avec une seule entrée et une seule sortie et de la parcourir en rampant sur les coudes et les genoux dans l’obscurité presque totale et la poussière dense qui noircissait les narines. Une fois entré, impossible de reculer, il fallait avancer et tenir dans le noir jusqu’à la sortie. L’impression que nous ressentions en la parcourant sur le ventre est indescriptible, mais j’en garde un excellent souvenir. Après deux heures de ce sport, nos pantalons n’avaient plus de tissus aux genoux et nos chemises avaient des trous aux coudes. C’est d’ailleurs ce qui sifflait la fin de la partie. Après ça faisait trop mal à la peau qui frottait directement sur la paille.
L’escalade des charpentes était une activité dans la droite ligne des miradors, monter le plus haut possible pour la vue et aussi un peu pour le risque pris. Les bâtiments ne manquaient pas à Ketzing, et à part le château toujours fermé à clé et les maisons habitées, tout le reste était accessible car ouvert à tout vent. Nous avions donc un terrain d’aventure à l’abri des intempéries qu’on fréquentait régulièrement. Le seul inconvénient qu’on y rencontrait, c’est que les toiles d’araignées et la poussière occupaient tout le terrain, et celui qui passait devant faisait office de « tête de loup ». Nous étions convenus que ce serait à tour de rôle. En visitant la charpente de la maison de « la Mère GADEL », je remarquai dans une encoignure difficilement accessible une boule de couleur grise de la grosseur d’une jeune chouette, comme on en rencontrait souvent là-haut. Les jeunes chouettes ne volant pas encore se laissent approcher sans bouger. La seule manifestation d’hostilité perceptible est le hérissement lent des plumes qui rend l’animal deux fois plus volumineux et le bec qui s’ouvre tout aussi lentement prêt à pincer la main imprudente qui oserait toucher. Mais là rien de tel, la boule est immobile, pas de bec, c’est autre chose. Surmontant ma peur, je m’approche et je saisis la boule qui s’avère être un gant de toilette en tissu éponge particulièrement lourd, alors qu’une jeune chouette c’est poids plume. Il est rempli de pièces métalliques. Le simple fait de le tirer de son logement, déchira le gant dont le tissu avait vieilli, et le contenu se retrouva au sol deux mètres plus bas. Des pièces jaunes par dizaines éparpillées sur le sol. Redescendus de notre perchoir, nous avons tout ramassé. Je laissai trois pièces à mon copain et remis le trésor à mes parents pour « suite à donner ». La trouvaille était belle, mais certaines pièces étaient moins jaunes que les autres, elles étaient couvertes de vert de gris. Qui plus est toutes portaient la mention : CCCP d’un côté, KOPPEC de l’autre. Manifestement ce n’était pas de l’or et la valeur du trésor était vraisemblablement plus historique que monétaire. On en resta là. Toute la fortune qu’un soldat de passage dans le coin avait confiée à cette encoignure de charpente était pour moi. Il m’en reste quelques morceaux conservés en souvenir. Il n’empêche que la nouvelle s’étant rapidement diffusée au village de Gondrexange, pour tout le monde, le ROSART a déniché un trésor et il a gardé toutes les pièces d’or  pour lui.
Ce knol fait partie de la collection Chronique-d'une-famille-lorraine...
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